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500 000 $ en primes de départ secrètes

L’ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt aurait donné des indemnités de départ secrètes en argent comptant de presque 500 000 $ pour récompenser deux hauts fonctionnaires qui l’ont aidé à organiser la collusion dans les contrats publics.

En 2008, Vaillancourt aurait fourni 350 000 $ à Claude De Guise, l’ex-directeur de l’ingénierie à la Ville de Laval, qui l’avait aidé pendant une dizaine d’années à octroyer illégalement des contrats aux entrepreneurs et aux firmes de génie.

Le maire déchu aurait aussi demandé le paiement de 130 000 $ à Gaétan Turbide, le DG de la Ville, lorsqu’il a quitté son poste en 2008. Dans les deux cas, on parle de paiements en liasses de billets.

C’est Turbide lui-même qui a révélé le versement de ces sommes lors de son témoignage hier au procès de l’entrepreneur Tony Accurso, soupçonné d’avoir participé à la collusion à Laval.

« Ça va être 350 000 $ »

Gaétan Turbide a raconté à la Cour avoir négocié avec De Guise le versement d’une allocation de départ correspondant à 18 mois de salaire, lorsque ce dernier a quitté son emploi à la Ville en 2008.

En plus de ce montant « officiel », De Guise lui aurait alors dit: « J’ai une demande pour le maire. Je veux obtenir 500 000 $ en cash. »

« Ça va être 350 000 $, pas une cenne de plus », aurait tranché Vaillancourt quelques jours plus tard, lors d’une rencontre avec Turbide.

De Guise aurait confirmé par la suite au directeur général qu’il avait bien reçu son paiement, des mains de Rosaire Sauriol, un ingénieur qui a reconnu avoir trempé dans la corruption à Laval.

Gaétan Turbide, DG de 2006 à 2008, a aussi admis avoir lui-même touché 130 000 $ lors de son propre départ. Il a expliqué avoir négocié cette prime avec le maire en rappelant à ce dernier qu’il avait collaboré au partage illégal des contrats.

En effet, Turbide avait fourni à Vaillancourt la liste des projets à venir pour que le maire décide du gagnant, avant même la fin des appels d’offres.

En trois versements

C’est Roger Desbois, un des ingénieurs de Tecsult qui collectaient les pots-de-vin des entrepreneurs, qui a donné les 130 000 $ à Turbide, en trois versements.

En réponse à une question du juge James Brunton, Gaétan Turbide a reconnu qu’il n’aurait jamais déclaré le 130 000 $ à l’impôt si les policiers ne l’avaient pas rencontré lors de leur enquête criminelle. L’ex-DG a obtenu l’immunité contre les poursuites en échange de sa collaboration avec la police.

► Précédemment au procès : Des collecteurs d’enveloppes ont reconnu avoir amassé des millions $.

► Aujourd’hui : L’ex-patron de la firme de génie Dessau, Rosaire Sauriol, devrait témoigner.

4 façons de donner des pots-de-vin

Le technicien en génie Jean Roberge, ex-patron de Groupe Équation, a expliqué hier à la Cour les méthodes qu’il utilisait pour graisser la patte de l’administration Vaillancourt, en échange de sa part des contrats. Non seulement Roberge a-t-il bel et bien obtenu des contrats, mais il a fini par décrocher un emploi d’assistant au directeur de l’ingénierie, puis DG adjoint à Laval.

Les prête-noms

1. Deux employés de la firme de Jean Roberge faisaient des dons de 1000 $, en apparence légaux, au PRO des Lavallois, le parti de Vaillancourt. Sauf qu’ils agissaient en fait comme prête-noms. « On les remboursait en comptes de dépenses », a expliqué Roberge.

Les enveloppes d’argent

2. Jean Roberge dit avoir remis deux enveloppes pleines de billets au notaire Jean Gauthier, un organisateur du parti du maire. C’était entre 2002 et 2004. L’une contenait 10 000 $ et l’autre, 7000 $ à 8000 $.

De beaux cadeaux de Noël

3. Il y avait bien sûr les cadeaux usuels du temps des Fêtes, que Roberge remettait à ses interlocuteurs à la Ville. « Des cartes-cadeaux, des bouteilles de vin. De mémoire, la valeur ne dépassait pas 100 $ », se souvient-il. Mais Roberge dit avoir aussi donné, « deux Noël consécutifs », des cartes-cadeaux « de 3000 $ à 4000 $ » à Claude De Guise. C’est De Guise qui décidait des gagnants des contrats de génie, et la firme de Roberge en a décroché au moins une quinzaine entre 2002 et 2007.

Des plans gratuits

4. En 2005, à la demande de Claude De Guise, Jean Roberge dit avoir fourni gratuitement les plans pour les fondations de la résidence personnelle du directeur général de la Ville, Claude Asselin. Roberge a bien envoyé une facture, mais son entreprise n’a jamais été payée. « Compte tenu du contexte fournisseur-client, on n’a jamais poussé pour faire payer cette facture-là », a-t-il admis.

Un entrepreneur et une décoratrice d’intérieur ont aussi admis, au cours des dernières semaines, avoir fourni des travaux gratuits chez Asselin.



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